Tenir bon au
TAI  CHI
Des aide-mémoire
par Denis Breton

 

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Mes clefs de pratique du tai chi
Témoignage


Vous êtes à vos débuts en tai chi et vous doutez de votre aptitude à aller plus loin ? Alors vous auriez dû voir ça la première fois que j'ai figuré dans une démonstration de tai chi ! 

C'était avec un groupe de ma localité en 1993, dans les premiers mois de mon apprentissage. Mes enfants étaient dans l'assistance. Après la représentation, ils m'ont fait sentir  ―  et pas à peu près ! ― que j'étais une sorte de raideur ambulante, rien de moins.  Nous avons bien ri. Mais je me suis attelé avec persévérance, si bien qu'après plus de quinze ans, eux-mêmes me rangent spontanément parmi les gens réellement souples. 

C'est vrai que j'ai fait du chemin depuis. Suite à ce qu'on m'a appris ou que j'ai découvert par la pratique, voici des points d'attention qui m'ont beaucoup aidé, avec le temps. J'appuierai plus d'une fois sur l'un ou sur l'autre :  
 

OUTILS.   J'ai mis au point quelques outils pour me souvenir des figures : ce sont les trois autres pages que vous trouvez dans cette section (voir le MENU). Depuis, je savais toujours où j'en étais, j'ai pris confiance que j'arriverais moi aussi à trouver le pas.
 

ÉQUILIBRE.   J'ai eu souvent du mal à me sentir complètement en équilibre. J'ai fini par comprendre comment remédier à ça :
- D'abord, mes pieds étaient trop rapprochés en largeur : lorsque je dépose le pied avant maintenant, je l'écarte un peu plus vers l'extérieur.
- Mon tronc était aligné quelque part entre mes deux pieds : je dois l'aligner sur le pied qui supporte le poids du corps, en allant ressentir la hanche qui est en flexion.
- Enfin, j'ai constaté qu'en poussant dans le sol avec le pied d'appui au mouvement, juste au centre d'équilibre situé à mi-chemin entre le bout des orteils et la cheville, je devenais plus stable. 

BALANCEMENT.   Mes séances se sont améliorées quand j'ai mieux compris le principe du balancement d'un pied sur l'autre.

En poussant dans le sol  par exemple au moment de « saisir la queue de l'oiseau » imaginez pour un instant que vous êtes un parent qui veut faire traverser le ruisseau à son enfant : vous l'attrapez avec vigueur au bout de vos bras, puis vous le déposez doucement sur l'autre rive. Il y a une sorte de swing joyeux du corps qui ressemble à ça. J'ai par moments aussi imaginé un dialogue complice entre les deux pieds, qui poussent chacun à son à tour pour se renvoyer le corps !

Si dans le balancement du corps, vers l'avant ou vers l'arrière, je n'arrive pas à pousser dans le sol jusqu'au bout, c'est que la distance entre les pieds est trop grande : je corrige.


ABANDON.   Cette poussée dans le sol d'un pied, puis de l'autre, doit être précédée et suivie d'un abandon de tout le corps. Laisser aller les muscles dont je n'ai pas besoin, relâcher toute crispation, avant de relancer le mouvement. Croyant bien faire, j'ai longtemps eu tendance à pousser dans les bras, comme si quelqu'un me les tirait devant, ce qui entretenait une certaine raideur. Je me faisais même une gloire de pousser plus loin le mouvement que d'autres à qui je voyais le faire... pour m'apercevoir aujourd'hui que c'est eux qui avaient raison : l'important n'est pas d'aller le plus loin possible dans le mouvement, mais de nous connecter intérieurement le plus possible avec le corps qui se donne dans le mouvement. De plus, dans le mouvement de s'abandonner sur la hanche qui fléchit, on risque moins de forcer et de se faire du mal.

On pourrait comparer ce mouvement à la respiration, avec son alternance d'inspiration et d'expiration. Ou encore à la vague sur la mer, qui se gonfle un moment au large, puis s'abandonne sur le rivage. Si bien que lorsque notre séance devient un seul grand mouvement continu (c'est l'idéal), il arrive que nous ne savons plus bien laquelle de la détente ou de la poussée est venue en premier !

D'où l'intérêt de cette consigne, si souvent répétée par nos guides : au-delà des 108 figurations, imaginez que vous devenez un seul grand mouvement. Du coup, on constate par après que l'ensemble a pris une grande fluidité, même une élégance !

Attention ! si on n'est pas déjà très souple, mieux vaut ne pas trop demander d'assouplissement à la hanche d'un seul coup : y aller progressivement sur plusieurs séances. C'est là que l'abandon se révèle plus judicieux que la pression à coup de volonté.
 

CONCENTRATION.   Un grand défi au tai chi, comme dans toute méditation, c'est la pensée qui se met à trotter toute seule. On en arrive à oublier quelle est la prochaine figure. Que faites-vous dans ces moments-là ?

Chacun finit par trouver ses solutions. Pour moi, voici ce qui m'aide le plus :
- Ressentir ce qui se passe dans mon bras, dans ma jambe, dans ma hanche... Me ramener à ce contact du corps par l'intérieur. 
Me rythmer. Imaginer que je suis
un petit train à crémaillère qui avance dans la montagne ou dans un manège, toujours avec la même cadence, qu'il monte ou qu'il descende. Quand je me distrais : « ralentis ! »
- Conscientiser le mouvement.  Je me sens par moments comme un musicien qui voudrait arriver à jouer sa mélodie tout haut plus clairement qu'il ne la possède à l'intérieur de lui : impossible ! Il lui faut revenir à conscientiser chaque note distinctement, comme moi chaque parcelle du mouvement de tai chi  − pour y arriver, je dois forcément ralentir.
- M'ancrer au sol.   « Quand tu es trop dans ta tête, c'est que tu n'es pas assez dans tes pieds » me disait un vieil ami. Ça s'applique comme un gant au tai chi. Je redeviens conscient de pousser dans le sol avec le pied d'appui.
- Savourer quelque chose.  Par exemple prendre plaisir à entrer dans le rythme de Mouvoir les mains comme des nuages, ou à m'abandonner dans le mouvement de Saisir la queue de l'oiseau... Et là, c'est le mouvement qui se ralentit de lui-même.

J'ajouterais que le centre de mon attention change selon les matins, d'après mon humeur. Mais une chose ne change pas : quand je me prends en flagrant délit de déraper dans les pensées, je me fais un clin d'oeil indulgent, puis je passe avec coeur au prochain mouvement.

GENOU.   Je me suis fait mal au genou droit en faisant la figure « Mouvoir les mains comme des nuages ». Des craquements m'alertent, il faut que je sollicite moins le genoux fragilisé.

En cherchant à solutionner cette douleur, j'ai mieux compris que le genou devient analogue au cardan d'une auto, auquel on demande un double mouvement : propulser la roue et en même temps la faire tourner. J'avais décelé que je ménage la vie du cardan en relâchant l'accélération avant de tourner le volant.

Dans cette figure au tai chi, j'ai senti qu'il me fallait, en plus de ne pas trop m'accroupir à droite, relâcher la tension dans la jambe droite avant de pousser avec son pied dans le sol pour relancer le corps vers la gauche, et à ce moment écarter bien les jambes : ceci permet de garder les pieds alignés devant soi sans trop solliciter le genoux de la jambe qui fait la poussée. Car c'est davantage le pied que le genou qui supporte alors le mouvement.
 

ALIGNEMENT. J'ai pris conscience de quelque chose à la longue, quand j'ai eu ce mal de genou : souvent, ça provient  du fait que je demande un effort à la jambe sans au préalable m'être bien aligné avec le pied : c'est alors que mon genou souffre. Lorsque j'espace les séances, ajouté au fait de prendre de l'âge, mes articulations perdent de la flexibilité. C'est alors que je constate l'importance de la poussée dans le sol et de l'alignement correct face à la jambe fléchie. Devenir conscient de tourner correctement le bassin avant d'avancer le corps vers l'avant m'aide beaucoup à cet alignement.
 

HANCHE.  J'ai longtemps cru que l'appui sur la jambe fléchie devait se faire en s'assoyant le plus bas possible sur cette jambe. Je m'en faisais secrètement une gloire quand je me comparais aux autres dans le groupe... Pour réaliser, des années plus tard, que c'est eux qui avaient raison ! Je n'avais pas compris qu'il s'agit non pas tant de s'asseoir bas que de faire pivoter la hanche autour du bassin, amenant le tronc bien en ligne avec le genou du pied fléchi.
 

TRANSPOSER.   Quand je comprends mieux une figure, je me pratique à appliquer ce que je viens de saisir aux autres figures du même type. J'ai le sentiment de progresser alors plus rapidement et l'ensemble de ma pratique acquiert plus d'unité.

Ce que j'ai compris dans la figure « Mouvoir les mains comme des nuages » me fournit un exemple de ça. J'ai entrepris de l'appliquer à tous les mouvements où il y a projection du corps vers l'avant ou de côté. À chaque fois qu'un mouvement me fait pousser du pied dans le sol, une fraction de seconde avant de le faire, je relâche la tension de la jambe.
 

VERTICALE.   Durant toute la séance, je me ramène quelquefois à « jouer à Guillaume Tell » : j'imagine que j'ai une pomme sur la tête ou que j'ai sa noblesse, ce qui m'aide à garder la position bien verticale.

SE DONNER UN BUT.   Le fait de me donner un but pour la séance  m'a à certaines périodes beaucoup aidé. Un matin, je portais attention à bien aligner le torse avec le pied en flexion. Le lendemain, je prenais plaisir, par exemple, à entrer dans un rythme, à devenir comme la vague qui s'abandonne au loin puis revient sur le rivage. Et le surlendemain j'essayais de goûter chaque parcelle du mouvement, comme autant de bouchées d'un gâteau savoureux dont ne ne voudrait pas perdre une miette !

Ceci prend de l'importance à mesure que j'ajoute des années à la pratique.  Car un piège nous guette, celui d'enchaîner machinalement les figures, tandis que le lamentable (mental) part vagabonder dans ses pensées. En plus d'introduire de la variété dans ma pratique, le fait de me donner un but m'a donc aidé à ramener mon esprit à ici et maintenant. Lorsque je constate que suis rendu ailleurs dans ma tête, oups ! je m'exerce à entrer dans mon corps pour mieux le ressentir à nouveau.
 

NATURE.   J'ai beaucoup augmenté mon plaisir de la séance du matin en la faisant dehors, d'abord l'été, puis aussi l'hiver. Le soleil qui se lève, les oiseaux qui chantent déjà, les parfums du matin en été ou la luminosité de la neige en hiver créent une ambiance sans pareil. 

Ça m'a pris un certain temps à ne pas me préoccuper du regard des passants. Avec les années, j'aménage mon espace pour m'offrir le plus d'intimité possible, c'est sûr, mais si des passant prennent plaisir à tourner la tête... je leur fais cadeau du spectacle, c'est gratuit !
 

RYTHME.   Je commence habituellement ma journée avec le tai chi.  Le fait de rythmer ma pratique, de la faire si possible chaque jour, m'aide énormément à trouver ce plaisir, donc à persévérer.  Je constate aussi que lorsque je m'y mets dès mon lever (ou presque !), je risque moins de me laisser emporter par toutes sortes de préoccupations qui fatalement, alors, me font reporter la séance au lendemain.

Et lorsque je manque de temps, j'essaie de faire au moins la première partie, ou tout au moins les exercices de réchauffement. Car je crois que mon organisme développe un réflexe : il en arrive à attendre le tai chi au lever comme mon chat attend sa nourriture !
 

SOURIRE.   J'ai compris que d'installer un sourire sur mes lèvres, malgré que je garde la bouche ouverte, me disposait intérieurement. Elle fait de la séance un moment agréable. Le fait de me mettre en communion intérieure avec les Forces de la vie, comme si mes gestes devenaient une prière, ajoute aussi à ma paix intérieure, et du coup sans doute, à l'harmonie du mouvement.

GROUPE.   Je pratique seul, depuis quelques années. Je vois l'intérêt de faire de temps en temps une séance en groupe ou à deux, ce qui permet de corriger le tir et de s'entraider. Quand je le peux, je m'offre le cadeau d'une pratique en groupe  : j'y retrouve à chaque fois une force, une sorte de magie que je ne voudrais pas perdre.  Ceux qui peuvent l'enseigner à leur tour ont l'occasion d'aller plus loin encore, car je crois à la maxime « on enseigne le mieux ce qu'on a le plus besoin d'apprendre ».

Des effets au dehors...

J'ai constaté avec bonheur que quelque chose traverse ma pratique du tai chi pour rejoindre ma façon courante de bouger dans l'espace, de marcher sur la rue.  L'habitude de m'agripper au sol au point d'équilibre du pied passe à mon pas ordinaire et lui donne une sorte de mordant. Comme mes genoux se débarrent automatiquement, je marche moins sur les talons, avec comme résultats moins de secousses pour la colonne et un meilleur équilibre physique, par exemple quand je marche sur la glace l'hiver. Au total, je ressens un mélange de force et de souplesse, qui devient un sentiment de sécurité intérieure. Une élégante collègue a même trouvé plaisir, un jour, à me regarder marcher ! Humm, ça n'enlève rien à la sauce...

...et au dedans

Au fil des années, ma séance de tai chi est devenue autre chose qu'une gymnastique qu'on s'impose pour rester en forme. C'est certain qu'elle apporte beaucoup pour l'assouplissement de tout le corps, pour l'équilibre ou encore pour la prise de force dans les jambes. Mais peu à peu, on constate qu'elle devient une expérience de ressenti qu'on savoure, une méditation en mouvement.

À mesure que l'enchaînement est mémorisé par le corps, vous ferez peut-être la même expérience que moi : on délaisse un peu l'attention aux repères physiques pour se concentrer sur la simple joie d'être là dans le mouvement. Notre séance devient une sorte de danse habitée, qui nous met en contact avec la joie d'être vivant, en contact avec ce qui nous entoure ou nous traverse. C'est une sensation que doivent bien connaître les danseurs ou les musiciens expérimentés, et qui demande d'être patiemment apprivoisée. Oui, il arrive au cours d'une séance qu'on se surprenne à entrer dans la beauté de la vie, à en faire partie, et ce mouvement devient une sorte d'hommage qu'on lui rend.

Qui a dit qu'un geste vécu hors du temps nous fait savourer quelque chose de l'éternité ? C'est là pour moi un des plus grands cadeaux du tai chi : il m'apprend à m'ancrer dans l'instant présent. Peu à peu il devient un cadeau que je me fais pour lancer ma journée vers le meilleur.

Bonne pratique ! 


Denis Breton

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Le site GRANDIR est édité par l'Association GRANDIR, QUÉBEC
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N'hésitez pas à reproduire nos textes, en indiquant la source.

 v2009-12-14

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