LEVERS DE SOLEIL

Des témoignages vécus
« Quelles expériences de vie ont été marquantes pour vous ? Qu’en avez-vous appris qui pourrait servir à d’autres ?… »

 

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Abusé et drogué   |   Collection d'échecs   |   Devenir sage    |  Du combat au lâcher-prise   |   Du massage pour moi au massage pour mes tout-petits   |   Félix   |  « Je décide d'être ma propre mère »    |   « Mon système immunitaire ne me reconnaît plus…  »    |  La promenade du vendredi  |   43 ans de vie avec des personnes qui ont un handicap intellectuel  |   90 ans, solide comme le roc   |   Sanatorium  |    Surmonter l'agression sexuelle    |  Une bonne résolution    |      Vaincre un cancer    |  Véronique  |  Plus forts que le cancer... ensemble :  Partie 1 chroniquePartie 2 dénouement

 

 La page L'heure de la RE - CREATION   
   vous présente des contes,  souvent aussi  inspirés du vécu 

 

Présentation

Avez-vous remarqué qu'un lever de soleil n'est pas le même si vous le voyez seul sur une plage, ou si vous êtes avec quelqu'un qui vous dit ce que ça lui fait ? De la même façon, apprendre la vie n'a pas la même saveur, si c'est à partir d'idées qu'on nous a inculquées ou si c'est trempé dans l'expérience de quelqu'un en chair et en os, qui souvent a dû en payer le prix.  « C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose importante »  disait le Petit Prince. Au travers d'un vécu, ça devient vivant : ça peut donc être vrai. On dirait qu'il faut que ce soit vrai pour quelqu'un  avant de pouvoir être vrai tout court. Et, qui sait, peut-être alors ce deviendra vrai pour vous ou pour moi.

Apprendre... Christophe Élie dans son hymne Oui! aujourd'hui  dans L'ALLUMEUR DE RÉVERBÈRES, suggère que la croissance serait un de nos trois besoins fondamentaux, aux côtés du bonheur et du service. Re-naître sans cesse de ce qui nous arrive...

On entre ici sur un terrain sacré. Prière de vous déchausser les idées...


Denis Breton

 

 

ABUSÉ ET DROGUÉ

J'ai déjà été victime d'abus sexuel à l'âge de 5 ans, et tout ça m'a amené dans la drogue pendant 23 ans. Aujourd'hui j'ai 43 ans et ça fait 7 ans que je suis délivré de la drogue.

Parlez-en à quelqu'un si vous êtes victime, moi j'ai attendu trop longtemps.


Anonyme, Mauricie, QUÉBEC (2007-11)

 

Devenir sage

Celui qui nous a fait cadeau de ce texte l'a écrit au travers de son expérience de parent  et sa recherche tenace de croissance. Aussi, au sortir d'une lutte intense avec le cancer. Il l'a écrit pour une amie qui vivait aussi une période difficile. Elle lui avait écrit qu'elle « en avait assez des belles paroles et des beaux discours philosophiques. »

Quand il commente ce que nous allons lire, il écrit : « Le texte est sorti tout d'un trait, les mots se bousculaient, mes doigts avaient de la difficulté à suivre la cadence et c'est en le relisant pour le corriger que j'ai vraiment réalisé ce que je venais d'écrire. Ce texte, c'est moi, c'est ma vie. » Par pudeur, il lui a donné la forme d'une fable.


« Un jeune homme, vers la trentaine, s'amusait à regarder vieillir les gens, ou plutôt regardait de quoi avaient l'air les gens d'un certain âge dans son environnement. Après un certain temps, une constante s'imposa à lui : soit les gens se dirigeaient vers la sagesse et la sérénité, soit ils devenaient acariâtres et irascibles.

Le jeune homme choisit qu'il deviendrait sage en vieillissant et confia ce plan à la Vie, sans savoir tout ce que cette décision représenterait pour le futur. Il vécut sans se soucier vraiment de cette décision, jusqu'au jour où la Vie se chargea de la lui rappeler. Ne se souvenant pas de ce désir, il se demanda pendant plusieurs mois quel sale tour la Vie était en train de lui jouer. Étant d'un caractère de feu, il combattit les changements qui voulaient s'imposer à lui. Peine perdue, la souffrance ne fut que plus intense et il mit beaucoup de temps à comprendre le processus du lâcher-prise.

Puis un jour, il se rappela ce désir lancé vers la trentaine et commença à comprendre que l'on ne devient pas sage parce qu'on l'a décidé un jour. Petit à petit, il comprit qu'il lui faudrait renoncer à certaines visions, à certaines façons de penser et d'agir qu'il traînait depuis sa tendre enfance et auxquelles il tenait mordicus.

Un jour à la blague, il dit à un ami qu'il avait décidé dans sa jeunesse de devenir sage en vieillissant, mais qu'il ne savait pas qu'il y aurait autant d'examens à passer. Les examens se suivent, certains se passent assez bien, mais d'autres sont près de la note de passage et à l'occasion il y a reprise. Ce chemin vers la sagesse a été choisi en toute liberté et est assumé présentement en toute liberté. Le vivre en toute conscience est un cadeau de la Vie. »

L'Apprenti-Sage, QUÉBEC (2002-03)

 

 

« Mon système immunitaire ne me reconnaît plus…  »  

« J'ai été affectée par une sérieuse maladie qu'on appelle hépatite auto-immunitaire. Cela ne court pas les rues. Mes petits soldats — mon système immunitaire —  décodaient que les cellules de mon foie étaient des ennemis, alors la guerre fut déclarée.

Et moi j'y étais très coincée, et je dépérissais ! Les fortes doses de médicaments ont été des précieux alliés dans cette bataille, malgré leurs effets très pénibles. Mais je n'avais pas accès à des anti-douleur, trop dangereux pour mon état. Il y eut même un temps où les médecins ne savaient plus trop quoi faire pour moi. Je vivais un véritable enfer, l'enfer noir. Il me restait la prière, et même je n'avais pas de force pour prier.

Je vis seule avec deux grands et beaux jeunes adultes. Ils sont descendus en enfer avec moi : j'étais devenue leur bébé. Ma fille me lavait, me changeait, remplie de tendresse. Mon garçon, à tous les soirs durant un an, me massait afin de détendre mon corps devenu si fragile, si souffrant.

Mon moral avait fait un tour dans le blender. J'étais au point mort dans tous les domaines. Il y eut un temps où nous étions tellement déroutés, si convaincus de ne jamais sortir de cet enfer, que de mettre fin à nos jours apparaissait une solution. Alors nous vivions dans l'angoisse qu'un de nous trois passe à l'acte dans un moment de folie, de désespoir.

Mais quelle arme précieuse a été la prière, ne serait-ce que de dire « Protège-nous, viens à notre secours…»  Dieu a répondu par des êtres exceptionnels, lumineux, qui n'ont pas compté leur affection, leur temps ou leurs prières. Je suis de moins en moins dépendante, quelle joie ! mon orgueil en avait pris pour sa peine.

Tranquillement, je reprends des forces et je finis par lâcher prise. Ouf, il était temps ! J'accepte les événements que je ne peux changer. Je deviens de plus en plus souple, mes larmes se sèchent et le sourire réapparaît.

Un matin, j'ai eu la grâce de saisir que la vie, c'est le plus beau cadeau du monde : être vivante. Voir, sentir et ressentir. Toucher, bouger, admirer, chanter. Partager, aimer et se laisser aimer avec nos limites qu'on apprivoise. Que c'est beau des doigts qui dansent et s'harmonisent à notre guise, un corps qui nous porte et nous supporte malgré notre fragilité !…

J'ai assisté à ma nouvelle naissance non sans peine. C'est trop évident que je ne suis plus la même, depuis. J'ai aussi été témoin de la renaissance de mes enfants.

Nous ne sommes pas à l'abri des tempêtes nouvelles, mais nous savons maintenant que nous avons des forces intérieures incomparables, que la vie est plus forte que la mort et que l'amour est plus fort que tout.

Que c'est beau la vie ! »   

Madeleine Bégin, Charny, QUÉBEC  (2000-08)

 

Véronique

« Nous avons accueilli Véronique à l'âge de 7 ans et avons vécu avec elle durant onze ans, jusqu'à sa mort. Elle avait un double spina de naissance (hernies à la colonne), elle ne parlait pas, était sourde d'une oreille. Elle était clouée à son fauteuil et ses petites jambes se recroquevillaient de plus en plus, à mesure que les années passaient. Mais Véronique parlait avec ses yeux : un regard qui vous rejoint droit au coeur, devant lequel vous ne pourriez pas mentir…

Nous avons tout adapté pour qu'elle nous accompagne partout en famille, par exemple en camping sauvage ou en France. Une de nos filles considérait comme un rôle sacré, à table, de lui couper sa viande dans son assiette ou de lui nettoyer les cheveux lorsqu'elle se les était copieusement couverts de spaghetti à la suite d'un spasme incontrôlable.

J'aime à me rappeler lorsque les enfants jouaient à la 'tag' dans le noir : c'était les courses folles autour du fauteuil de Véronique: comme elle était ravie ! Tous ceux qui l'ont connue se souviendront, lorsqu'elle voulait nous dire que nous nous étions trompés, de l'avoir vue se taper la tête avec sa seule petite main habile, en prenant son regard coquin. Ça voulait dire : " T'es un peu toc-toc dans ton genre…"

Lorsqu'elle est décédée, trois cents personnes environ sont venues à son service. Le moment était émouvant.

Véronique a donné du sens à notre vie familiale autant qu'à notre vie personnelle. Elle a éveillé nos autres enfants au partage: ils ont vécu au quotidien à quel point le souci des petits donnait du sens à la vie. Au sortir de l'adolescence, nous les voyons encore, d'eux-mêmes cette fois, se faire proche de personnes qui ont besoin, comme s'ils avaient hérité d'un sixième sens pour le faire.

Quand je l'accompagnais le soir pour son coucher, il m'arrivait de devoir lui faire une longue toilette vu son incontinence. L'énergie n'était pas toujours là : j'ai appris à re-choisir le fait de l'avoir accueillie, ce qui m'aidait à ne pas tomber dans le piège de me sacrifier, mais de m'offrir encore.

Je me rappelle de cette heure du coucher de Véro comme d'un grand moment de vérité et d'intimité entre nous deux. C'était par moments l'occasion de revoir avec elle certains moments de la journée. Quand je lui avais promis d'aller me ballader avec elle et que je ne l'avais pas fait, ou quand nous l'avions oubliée seule dans une pièce... devant son oreiller, je me plantais devant elle et je lui demandais si elle voulait bien me pardonner. Et là, son visage s'illuminait, son petit poing tout figé se décrispait comme pour me faire une caresse, elle qui devait mettre une éternité à étirer son bras pour toucher mon visage, de l'autre côté de ce grand garde de bois qui la protégeait de tomber. Et dans cet instant le grand lavage du coeur était fait... Personne ne m'a autant appris que Véronique comme ça fait du bien de se sentir pardonné par quelqu'un.

J'ai appris à croire que les personnes blessées nous aident à guérir nos propres blessures. Appris, comme disait Mère Teresa, qu'elles sont « nos professeurs d'amour ». Et enfin, j'ai appris à trouver évident que Véronique ait eu une mission dans la vie, et que ça pouvait être vrai aussi pour moi.

Véronique, merci !… Et merci à tous ceux qui m'ont fait cadeau de toi dans ma vie. »

Denis Breton, Charny, QUÉBEC  (2000-01)

 

43 ans de vie avec
des personnes qui ont un handicap intellectuel

Jean Vanier commente un livre qui réunira sous peu ses lettres adressées aux communautés de l'Arche − un réseau d'accueil aujourd'hui mondial, qu'il fondait en 1964. Il nous parle ici de la vision qu'il a développée à propos des personnes qui ont une déficience intellectuelle, à force de vivre avec elles toutes ces années :

« Dans notre monde où les personnes avec un handicap intellectuel sont si souvent considérées comme un problème et une épreuve (et elles peuvent l’être pour certains parents), ce livre montre une vision qui se développe : comment Dieu les a choisies pour être, dans toutes nos églises, nos religions et nos différentes cultures, signe de contradiction mais aussi signe de paix.  

Si dans notre monde et dans toutes nos sociétés, nous prenons le temps d’être avec elles et d’entrer dans une vraie relation avec elles, et avec d’autres qui sont faibles et vulnérables comme les personnes âgées ou les personnes malades mentales, elles transformeront nos cœurs fermés sur eux-mêmes, durs et protecteurs en cœurs qui leur seront ouverts et aimants.

Elles peuvent ainsi devenir pour nous de merveilleux professeurs : des professeurs qui peuvent nous aider à comprendre le vrai sens de notre monde et de nos vies : non pas une recherche égoïste de plus de richesses, plus de pouvoir, plus de reconnaissance, plus de sécurité et plus de plaisir, mais un désir de faire de nos sociétés un lieu meilleur, où chaque personne, quelque soit sa culture, ses dons ou ses limites, puisse grandir humainement, dans la paix et la liberté. Où la différence ne soit pas vue comme une menace mais comme un trésor. »

Jean Vanier, Orval, FRANCE, août 2007.

 

 

Vaincre un cancer

Louise Ran Liang, journaliste renommée, a lutté plusieurs années pour surmonter un cancer, déjà très avancé lorsqu'on l'a découvert. Au bout d'un parcours, rassurée enfin qu'elle pourra vivre, elle est invitée à raconter ce qu'elle en a tiré : 

« Pendant toutes ces années où j'ai combattu la maladie, c'est l'amour de ma famille, de mes amis et de la vie qui m'a soutenue. J'ai alors découvert que nous sommes sur cette terre pour apprendre le sens de l'amour. L'esprit de la Bible repose sur l'amour; la compassion et l'empathie du bouddhisme aussi. Je crois que l'amour transcende toutes choses, qu'il est comme un puissant fleuve où viennent se jeter des milliers de rivières. »

Extrait de A mon corps défendant, dans Sélection du Reader's Digest, Montréal, QUÉBEC  (juillet 2000).

 

J'ai pris ma décision

Née de père Chinois et de mère belge, Han Suyin a vécu plusieurs déceptions qui l'ont mis plus d'une fois en révolte : ainsi, l'exclusion du fait d'être Eurasienne, le rejet par une mère répressive, le sentiment d'inutilité de ses premières années d'école, ou encore l'écart entre la fascination qu'exerçait sur elle Jésus et la manière de vivre de ceux qui se disaient chrétiens. Sur tout cet arrière-plan, elle tire une conclusion saisissante de sa sortie de l'adolescence :

«  C'est à ce moment-là que j'ai eu un sursaut en moi-même. J'ai pris ma décision : serais médecin. Je trouverais ainsi une voie pour l'avenir. Au lieu de me tourner vers le passé, d'être craintive et peureuse, de regarder à droite, à gauche pour voir si je n'offusquais personne, j'ai décidé de foncer droit devant moi. Cette résolution ne m'a jamais quittée. Foncer, mais avec réflexion. J'ai été toujours seule dans mes décisions, bonnes ou mauvaises, j'ai appris qu'il y avait une chose à faire, s'utiliser soi-même le mieux possible, conquérir sa propre vie. » **

 

Je décide d'être ma propre mère

Tran a 16 ans. Immigrante réfugiée en Amérique, elle est bafouée par sa parente qui l'a transplantée avec elle, semble-t-il, pour en tirer bénéfice. Elle raconte son long combat intérieur pour survivre émotivement, alors qu'elle est battue, séquestrée dans sa chambre pour un rien, obligée de faire les corvées les plus pénibles tandis que les enfants de la famille passent leur temps devant la télévision... Surtout, Y. ne manque pas une occasion de la traiter de minable et cherche consciemment à ancrer dans sa tête qu'elle ne fera jamais rien de bon ni ne saura jamais attirer l'amour.

À la fin d'un moment de conflit d'une rare intensité, Tran trouve l'aplomb de répondre à Y. :

Méfie-toi. Plus tu me dis que je suis une incapable, plus tu me donnes le pouvoir de relever le défi de devenir quelqu'un. J'ai une force en moi que tu ne soupçonnes même pas. » 


Plus tard, Tran raconte un autre conflit survenu avec Y., puis elle commente l'état d'esprit qui prend de plus en plus place en elle :

« Désormais, je décide d'être ma propre mère. Je ne me laisserai plus battre par Y. J'en prends la ferme résolution. (...)

Y. a repris ses tentatives pour m'amadouer. Mais elle ne réussira pas ! Je sens désormais en moi une force de vie plus grande que sa méchanceté et sa haine. Je ne peux pas encore nommer cette force, mais je suis sûre qu'elle est plus grande que tout. »

Tran Lam, Entre l'ombre et la lumière **

 

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 v2010-01-19

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