Francis

Pionnier de l'Association Grandir

 


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Francis, notre fils

Salut Francis,

C'est la gorge serrée que je t'écris, toi qui es sans doute là tout près de moi, depuis que ton corps nous a quittés. Tu nous as donné un tel témoignage de courage dans tes dernières heures, dans les dernières semaines... et dans toute ta vie, en fait.

Tu imagines comme le souvenir de notre première rencontre m'est vite revenu : c'était à l'Arche, à Trosly. Je m'activais à organiser cette journée champêtre, où il n'y aurait probablement que des adultes, quand j'ai vu une assistante s'amener avec un gamin de cinq ans en fauteuil roulant et rigoler avec lui. « Qui est donc cette jeune femme qui s'intéresse elle aussi aux enfants ?...»

C'est là qu'a germé l'étincelle, le désir de connaître Babeth, de connaître son  Francis... jusqu'à ce que deux ans plus tard on t'entende à gauche et à droite colporter la bonne nouvelle, avec ton visage si rayonnant : « Vous savez, le 2 juillet, Denis, Babeth et moi... on se marie ! »

Cette aventure de notre vie avec toi a non seulement été ce qui a donné sa trajectoire à notre vie pour la suite, mais aussi sa raison d'être à l'Association Grandir. Cette passion qui m'habite de redonner confiance en la vie à des enfants qui avaient tout pour ne plus y croire, ou à des adultes qui ont perdu de vue leur enfant intérieur, c'est toi qui l'a activée en moi. Oui, cet esprit d'enfance que Babeth avait si bien gardé et que je lui voyais vivre avec toi, vous m'avez donné envie de le débusquer en moi aussi. Vous m'avez poussé à trouver le meilleur de moi-même et à le faire vivre.

Là aussi bien des souvenir remontent. Je me revois avec toi, à botter un ballon : comme tu étais content quand tu réussissais à me déjouer, le ballon me passait entre les jambes. Et je revois nos virées dans la forêt de Compiègne avec toi, ces culbutes où tu t'affalais de tout ton long, prisonnier de ton appareil. À chaque fois tu te relevais en riant. Ces culbutes préfiguraient tous les croque-en-jambe que la vie t'a fait vivre par la suite   en particulier ce qui t'a fait devenir aveugle à huit ans. Et à chaque fois tu t'es relevé plus fort, et optimiste encore.

Je veux te demander pardon pour toutes les fois où je ne t'ai pas compris. Je repense avec douleur à ces pressions qu'on t'a faites quand tu avais 8 ans, pour faire mieux tes devoirs scolaires. Nous ne nous doutions pas que tu étais en train de devenir aveugle et que tu ne te comprenais plus toi-même. Pardon aussi pour toutes ces fois où en voulant t'aider, je t'ai fait souffrir d'être si dépendant de mes bras ou de mes yeux. Moi j'avais le beau rôle...

C'est toi, Francis, qui m'a donné envie de prouver (sans doute à moi-même), puis de partager à d'autres que le bonheur ça se rechoisit sans cesse, quel que soit le départ qu'on ait connu, et quoi qu'il arrive en route.

Pour avoir mis ce bateau à l'eau avec nous, Francis, ce bateau de Grandir, mais avant tout ce bateau de ma vie, avec tout le sens magnifique qu'elle a pris depuis ce jour où je t'ai connu, je viens te dire merci.


De tout coeur avec Babeth, Denis

Denis Breton est père adoptif de Francis. En 1984 il fondait l'Association Grandir avec Marie-Élisabeth Cordier et un réseau d'amis, dont plusieurs anciens de l'Arche de Jean Vanier.

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J'aimerais emprunter à Han Suyin ce passage, à la fin de de sa splendide biographie :

 ...Le trésor que peut être la vie...

« ... Et pourquoi ne pas se laisser aller à la tristesse, puis se remettre en selle, prendre son temps pour soigner sa blessure, et se dire après tout qu'on guérira ?

C'est alors qu'on se rend compte du trésor que peut être la vie, trésor inestimable, sans commune mesure. C'est la seule chose unique au monde. Sa propre vie. Il faut la conquérir. Il faut créer sa vie. Et, qui sait, renforcer ainsi le flux universel, préparer un avenir meilleur pour ceux qui vont venir. Tous les jours, toutes les secondes, il y a bataille au sein de notre corps. Chaque cellule qui est nôtre se bat contre la mort et pour la vie. C'est l'essence même de notre existence. Vie contre mort. Et pour dépasser la vie de note propre corps, il n'y a qu'une chose : laisser un sillage, une trace, une ombre de soi au-delà de soi-même, et pour les autres, après sa propre mort. Voilà la vraie réponse à la mort, le triomphe de la vie. »

Han Suyin, Histoire de ma vie **

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 v2005-09-07

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