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ESTIME DE SOI | ÉVALUATION
DE SOI-MÊME | UNIQUE
«
— Comment me lier d'amitié avec moi-même ?
— En sachant
vraiment qui tu es vraiment,
et qui tu n'es pas.
Lorsque tu sauras qui tu es
vraiment,
tu tomberas amoureux de ton être. »
Neale Donald
Walsch
**
APPLIQUER LA SAGESSE DU BOUDDHISME
« Lors d'une
rencontre de psychologues et de neuroscientifiques occidentaux avec le
dalaï-lama, un des psychologues souleva le problème très répandu du
manque d'estime de soi. À la surprise générale, ce concept était
totalement neuf pour le dalaï-lama. Il n'existe pas de terme pour le
traduire en tibétain. »**
Pourquoi donc ? À la
différence de la pensée occidentale, qui souvent analyse les émotions de
long en large, le bouddhisme est pratique et cherche à leur appliquer
quelques principes universels, qui valent aussi bien pour se regarder
soi que pour regarder les autres.
Plus précisément, la
philosophie bouddhiste enseigne la pratique de ce qu'on appelle la
pleine conscience. Elle consiste à se faire réceptif à ce qui est là
dans l'instant, à le contacter − il peut s'agir par exemple d'une
émotion de doute sur soi-même ou de culpabilité. Cette réceptivité prend
pour sacrée la dignité humaine et lui applique trois attitudes : le
non-jugement, le respect et la bienveillance.
La prochaine fois
qu'une émotion forte ou un événement dérangeant vous feront vous
décevoir, douter de vous-même, essayez ce positionnement. Au lieu
d'analyser l'émotion, de chercher à la justifier, de la combattre ou
encore de la fuir, essayez de l'accueillir simplement, avec une grande
respiration, comme un observateur neutre ferait devant un passant. Il se
peut bien que votre malaise soit de courte durée.
Bien sûr, pour que ce
genre de positionnement soit efficace, il a besoin aussi de gestes
concrets de votre part pour consolider la fierté de vous-même.
FAIRE QUELQUE
CHOSE...
Dans des moments de
doute sur moi, par exemple lorsque mon entourage m'a déprécié, j'ai
souvent constaté qu'après avoir fait silence sur les émotions, après
avoir pris contact avec ce qui est là (ma respiration, les objets autour
de moi, un enfant qui court au loin...), j'avais besoin de passer à
l'action dans quelque chose : cirer mes chaussures, arroser une plante,
faire du ménage... Peu importe quoi, mais une réalisation immédiate, si
petite soit-elle. Rapidement, je retrouvais le sentiment d'être réel, de
faire partie de la vie moi aussi.
Je venais de me donner la
preuve que je peux encore faire quelque chose de bon, puisqu'à l'instant
je venais de le faire.
J'ai eu plus tard
confirmation de cette intuition lorsque le passage suivant m'est tombé
sous les yeux. Un maître aurait déclaré
: « Sans estime de
vous-même vous ne pouvez rien faire. » Une personne a demandé : «
Quelles sont les petites choses qui peuvent permettre à une personne
d'accroître l'estime d'elle-même ? » Il lui a été répondu ceci :
« La réalisation de quelque chose, dans n'importe
quel domaine, dans n'importe quelle direction, accroît l'estime de soi.
Donc tout effort devrait être destiné à la réalisation d'un but, grand
ou petit, et ensuite il faut garder ce but bien en vue jusqu'à ce que la
confiance qui vient avec la réalisation devienne ferme et fiable.
L'aspiration est la clé. Si nous pouvons inspirer l'aspiration latente
en nous-mêmes et chez les autres, le sentiment de sa propre valeur et
l'estime de soi suivent automatiquement. »
Source :
Réseau Tara Québec,
Bulletin Émergence, juin 2009.
« AIMEZ-MOI ― NE ME
REFUSEZ PAS... »
Plus je creuse les questions de
croissance et mon parcours personnel, plus je me rends compte à quel point l'estime de soi-même est
une plaque tournante. Quand je m'apprécie vraiment, je me sens énergisé,
ma vie a plus de sens. Je ne suis pas distrait à me chercher tandis que
je suis avec quelqu'un d'autre : je suis tout là avec chacun, heureux
d'écouter et de marcher dans ses souliers avec lui. Je ne m'épuise pas à
m'inquiéter de ce que les gens vont penser de moi. Êtes-vous comme ça
aussi ?
Une dynamique pernicieuse
À l'inverse, quand je passe par des
moments de doute sur moi, ou encore quand
je me sens coupable de quelque chose, non seulement je ne savoure rien de ce qui passe,
mais le sentiment de culpabilité me fait me sentir à part des autres.
J'entre alors en comparaison : je vois d'un
côté les gens, qui sont tous forcément heureux, et de l'autre moi, avec
mes problèmes... Plus je me compare, plus je me déçois et plus je me mets
à part...
Ça a été un choc ―
mais après quelques temps aussi une
délivrance ― de
réaliser ce qui se joue là pour moi : lorsque je ne suis pas en amitié avec moi-même,
je demande subtilement aux autres, en fait, de m'aimer plus que je m'aime :
Je quête les
permissions, ou encore je force mes proches à me donner l'affection dont
j'éprouve le besoin, sans pour autant m'en sentir digne. Ça
m'arrangerait tellement qu'ils me la donnent : je n'aurais pas à passer
devant mon miroir, à me confronter à quelqu'un pour prendre ma place, à
dépasser des limites pour l'obtenir. C'est là que je passe peu à peu des
préférences aux exigences, et que mes relations se gâtent (voir là-dessus
Ken Keyes
**).
Mais la vie n'est pas
faite comme ça. À part les gens particulièrement évolués, capables de me
voir amoureusement de l'autre côté de mon moi souffrant, personne ne
m'aimera jamais plus que je m'aime moi-même. Et même ces gens-là, leur
tendresse devient un soleil qui m'aveugle. Je deviens comme une glaise
que leur rosée n'arrive pas à pénétrer, je ne suis pas capable de la
ressentir, de la savourer. Je m'en sers pour me dévaloriser et me faire
mal (voir le beau livre de Daniel Meurois-Givaudan sur la
culpabilité).
Ce que j'ai compris, c'est que l'amour des gens, et l'amour de la Vie
jusqu'à sa source même, ne pourra jamais me combler davantage qu'à la
grandeur du bocal que je lui tends pour le contenir.
Des piliers sûrs
Si je regarde en arrière, qu'est-ce qui m'a le plus aidé à renouer avec
l'estime de moi ?
- Dans les moments de doute sur moi-même, je me suis plusieurs fois
pratiqué à penser à une personne parmi celles qui m'aiment vraiment :
que dirait-elle de moi dans cette situation ? Ça m'a souvent aidé à me
voir avec plus de tolérance, à me pardonner un moment d'immaturité.
- Une autre chose m'aide puissamment : c'est la fierté que j'éprouve à
contribuer au bonheur d'autres personnes. Aussi à dépasser mes limites,
ou à me remettre courageusement en mouvement lorsque j'ai dérapé. J'ai
quelque chose de beau, d'unique à apporter à ce monde, et plus j'avance
à le trouver, plus je deviens certain que, décidément, j'ai ma place
dans ce monde.
- Il y a le refus de la culpabilité quand elle monte : ça garde mon
énergie sauve. Je me répète que j'ai toujours fait de mon mieux avec les
connaissances que j'avais. Pourquoi alors de me juger en regardant en
arrière ? Pas question : ce serait injuste envers moi-même, car le
contexte a changé. De temps en temps, ça m'aide de me redire que la
Terre est une école de vie : si c'est vrai, ce qui n'a pas marché est à
prendre comme une erreur peut-être, mais pas comme un échec. Le seul
échec, c'est quand je n'apprends pas de mes erreurs.
*
En furetant dans la section SAGESSES, j'ai retrouvé avec plaisir cette
phrase de Jacques Salomé :
« Si, généralement, je me sens tout d'abord ébranlé par un refus, par
un rejet, par une mise en doute, dans un second temps j'affronte la
situation et je me bats. Non pas tant pour gagner que pour retrouver le
respect de moi. » **
Voir : RENDRE LE MIROIR COMPLICE...

UN PREMIER NIVEAU POUR
RETOMBER SUR SES PIEDS
Dans son livre Je vous
salue..., Rose Dufour
** raconte la vie d'une
personne très blessée, Kim. Son père était alcoolique et désoeuvré,
certainement pitoyable aux yeux de son entourage. Pourtant, en dépit de tout ce qu'elle pouvait
en dire de négatif, ce qui l'a marquée c'est que son père l'aimait, ça elle le
savait. Et lui, savait qu'elle
l'aimait. À quelque part en elle, malgré une vie de détresse à son tour, Kim a
attribué comme valeur à son père ce qu'il a réussi à manifester de meilleur, de plus noble.
Touchant, mais questionnable,
direz-vous. Pourtant quand on y pense, n'est-ce pas l'image qu'on se fait d'un athlète ?
Le reconnaît-on pour la moyenne de ses performances, ou pour ses records ? N'avez-vous
pas des regards du même genre sur votre enfant au sortir de son adolescence,
si vous êtes parent ? Il a beau avoir fait les quatre cents coups, la moindre
réussite de sa part est devenue l'image que vous gardez de lui et que vous
prenez plaisir à commenter aux gens qui vous questionnent à son sujet. Tout le
reste est déjà loin derrière, rangé au rayon des gaucheries d'enfance...
C'est bien différent pour une
machine : vous vous feriez une idée de sa valeur en prenant plusieurs mesures
de sa performance, puis en tirant une moyenne. Dans le cas d'un être humain,
jamais. Sa vraie mesure, c'est plutôt sa capacité
d'étirement : le meilleur dont il ait fait preuve. C'est aussi ce que
retient l'Histoire pour les grands personnages : Churchill, Mao Tse Toung,
Napoléon... toutes leurs médiocrités ne parviendront jamais à faire oublier le
trait qui les a immortalisés.
Pareille appréciation n'a rien
de scientifique, me direz-vous. C'est vrai, elle tient à l'intuition, à
l'expérience. Mais pour moi, elle me fait vivre.
Je n'ai pas fini de creuser le sujet, mais je pense qu'elle nous parle de
notre nature profonde : nous sommes des êtres en évolution, sans doute
avons-nous tellement plus d'avenir que de passé. Chez un humain, ce qu'il y a de plus élevé, c'est sa
capacité d'aimer. Plus il y arrive, plus il donne la mesure de l'expansion à
laquelle il en est rendu. À l'opposé, je me dis que ses traits de médiocrité
ont une nature temporaire, qu'ils donnent la mesure des peurs qu'il entretient encore.
Mais ces peurs seront toujours
momentanées ― le momentané
peut durer pas mal de temps, c'est vrai ―
le temps qu'il ait connecté à sa vraie nature,
qu'il l'ait conquise.
Si tout ça a du sens, il est
d'une grande importance par moments, surtout dans les moments où notre estime
de nous-même est à son plus bas, de nous pratiquer à nommer nos victoires, de
nous rappeler nos moments de dépassement et de les fêter. Car eux nous disent
vrai sur qui nous sommes, eux racontent notre vraie histoire, parlent de ce que
nous sommes capables de faire de notre vie. Ce sont des poignées sûres et de
l'énergie en bouteille pour faire de nouveaux bonds en avant.

UN DEUXIÈME NIVEAU
POUR RETOMBER SUR SES PIEDS
Si ma mère, un enseignant,
un ami..., des gens qui me connaissent pour la peine, peuvent continuer
de croire que je ne suis pas si moche que ça, que dire alors du regard
que doit bien avoir l'Être qui m'a amené à l'existence ! De là, il y a eu
pour moi la décision de croire que la
Vie ne pouvait pas m'avoir fait autrement que magnifique par nature, et
que je l'étais quoi qu'il arrive, quoi
que j'en fasse pendant un bout de temps, même. La Vie connaît ma valeur derrière mes apparences
et derrière mes erreurs, elle sait non seulement qui je suis, mais de
quoi je suis capable à force de maturation, à force d'y mettre le
temps. (Voir le Feuillet 4 de
L'ALLUMEUR
DE RÉVERBÈRES :
Permettre à la vie de
m'aimer).
Le fait de placer mon
estime de moi sur le plan spirituel, de choisir de me redire que je suis
un morceau de divin qui s'ignore encore, me remet puissamment sur
mes pieds par moments, et me donne une perspective qui n'était pas
accessible pour moi jusque là. Je commence à croire alors que ça puisse
être vrai ce que disent certains commentateurs : à savoir que l'ego,
ce petit moi qui se compare, se gonfle d'orgueil ou se sent démoli pour
un rien, n'est qu'un pâle reflet de qui nous sommes vraiment chacun,
lorsque nous le regardons dans une perspective à longue portée. C'est
comme si nous voulions prendre une photo de nous-même dans un moment de
survie devant un crocodile à la gueule grande ouverte, plutôt que de
nous regarder quand nous sommes en paix et que nous nous sentons aimé
par la vie.
J'ai trouvé un livre
magnifique qui exprime ce que je ressens ici, où Lee Carroll nous
transmet un enseignement sur « l'ego équilibré ». Voyez donc comment
vous réagirez à ça : c'est une perspective séduisante, mais
accrochez-vous, c'est tout un programme !
« Vous pensez que votre
ego est quelque chose, mais ce n'est pas le cas. (...) Pouvez-vous
endurer une situation où quelqu'un vous insulte, tout en sachant qu'il a
raison, sans rien ressentir ? (...) Pouvez-vous subir une agression
verbale sans rien ressentir ? Pouvez-vous sourire dans la joie du moment
pendant que cela se produit ? Pouvez-vous être détaché de la situation ?
Voici un petit exercice
à effectuer. La prochaine fois que cette situation se produira,
désengagez-vous. Quand vous regarderez la personne qui vous agresse
verbalement, dans sa colère, son déséquilibre et son agitation,
aimez-la. À ce moment-là, elle seule sera déséquilibrée, pas vous. Son
agression est une invitation à vous joindre à elle dans une ''expérience
de déséquilibre''. Endurez alors son déséquilibre, au lieu de vous y
joindre. Puis, quand elle aura terminé, si elle se trouve assez proche
de vous, touchez-lui doucement le bras en disant : ''Je suis désolé pour
toi, ce n'est pas ta journée.'' Pouvez-vous faire cela ?
Savez-vous ce qui se
passe quand une telle personne n'obtient pas de vous la réaction que son
drame est censé créer ? Elle est complètement désarmée, et c'est alors
que la communication est possible, que l'amour de Dieu est le mieux
visible. Cela ne peut se produire que pour quelqu'un dont l'ego est
équilibré.
L'ego équilibré n'est
présent que chez l'humain qui sait vraiment qui il est. C'est un
fragment de divinité et de survie que rien ne peut atteindre. Aucun
autre humain ne peut vous toucher dans la mort ou dans la vie et vous
amener à changer d'idée sur quoi que ce soit si vous avez une attitude
divine. »
**
(pp. 271-272)
UNIQUE
Différent de toutes les façons
J'ai
souvent constaté que mon estime de moi est plus facile à éprouver, ou à
retrouver, quand je reviens sur mes pas intérieurement pour me
considérer comme un être unique. Mon chemin de vie ne sera jamais
exactement le même que celui de milliards d'êtres dans l'univers. J'ai
des besoins uniques, des façons de m'exprimer qui me sont uniques,
derrière moi une histoire unique, et derrière tout ça encore j'ai
sûrement des raisons d'être ici et maintenant sur cette planète qu'aucun
être dans le grand cosmos n'aura jamais.
Arrêtez-vous à y penser vraiment : ça va peut-être vous donner le
vertige ! Et pourtant pareille conviction a un pouvoir étonnant pour
changer des choses. D'un côté, c'est elle qui vous enlève l'attirance à
vous comparer aux autres, ce qui ne peut que produire de la tristesse,
de la jalousie ou de la culpabilité. Si vous êtes conscient d'être
quelqu'un d'unique, à quoi bon vouloir qu'il vous arrive la même chose
qu'à votre voisin, le même type de réalisation matérielle ou sociale ?
Et pourquoi chercher à calquer vos réponses à ces événements sur les
façons de faire de tout le monde ?... Nous n'avons pas le choix : sur
notre terrain essentiel, il nous faut inventer nos réponses, les modes
d'emploi prêts-à-porter n'existeront jamais pour nous !
D'un autre
côté, si nous sommes chacun unique, nous avons quelque chose de
particulier à apporter au monde. Trouver ça, trouver comment, revient au
même que trouver notre épanouissement, quand on y songe bien : ça aussi
c'est impressionnant. Ça nous entraîne jusqu'à une grande question :
est-ce vrai que nous aurions une mission de vie ? (Une page entière du
site est consacrée à cette fascinante question :
Qu'est devenu votre rêve ?)
Oui, le
sentiment d'être unique change les choses. Ça fonde votre droit d'être
différent, et en même temps votre responsabilité de faire quelque chose
de beau avec cette différence. Vous et moi n'avons pas à cacher cette
différence, mais à la fêter !
Unique... dans un grand Tout
Mais
unique ne veut pas dire seul. Plus la science avance, plus elle met
en évidence à quel point nous sommes interdépendants, le fait qu'aucun
phénomène dans le cosmos ou dans notre expérience personnelle limitée
n'est séparé des autres : toute idée de séparation n'est qu'une
illusion. Ça aussi, c'est long à digérer. Comment pouvons-nous être
aussi unique et en même temps aussi partie prenante du grand Tout de la
vie ? Terrain d'émerveillement, terrain de questionnement...
Renvoyé
comme une balle de ping-pong entre cers deux extrêmes, toute notre
recherche d'équilibre tient à tirer le meilleur parti des deux, à
trouver patiemment comment les combiner dans notre vie de tous les
jours. (Voir le thème
UNITÉ). Il y a là deux
poignées pour mieux attraper notre estime de nous-même : valoriser notre
différence, et cultiver la fierté d'en faire profiter la grande famille
humaine.

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