Mon trousseau de CLEFS
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La chronique de l'Oncle Christophe

 


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ENCOMBRÉ

Êtes-vous de ces personnes qui accumulent les papiers partout sur leur bureau, dans leur sac, et les objets de tous côtés dans leur maison ? Êtes-vous aussi de ces personnes qui accumulent les préoccupations dans leur tête et ont du mal à les laisser aller ?... « Quel rapport entre les deux ? » me direz-vous ?

Essayez cette petite expérience. Je vous promets que vous aurez envie de la répéter : prenez cinq minutes -- pas dix, cinq. Vous allez n'être que là, à observer, tantôt ce qui bouge autour, tantôt ce qui monte au dedans, sans y réagir, juste à l'écouter, à le voir, à être en contact.

Je me rappelle la première fois que j'ai fait l'expérience, c'était dans l'autobus. J'y ai pris plaisir, au point que j'avais du mal à en sortir. Et l'impression est restée tenace longtemps après. L'instant d'après, j'ai été surpris de repenser à mon bureau encombré, et d'avoir envie d'y retourner pour faire un grand ménage !

C'est là que j'ai compris comment dans notre société cours-tout-le-temps s'arrêter pour juste être là, en contact, est vécu comme gaspiller le temps. Être gratuit, sans raison, peut-être est-ce retrouver notre liberté intérieure pour faire du neuf, et laisser monter ce qui veut se dire du dedans. J'ai compris aussi que l'ordre et le silence commencent à l'intérieur, tout comme l'encombrement. Cesser de s'accrocher aux choses, aux écrits, aux objets, cesser de penser que ce sont eux qui nous font être, qui font notre sécurité. Même si on est en pleine ville, pour un court moment, s'offrir l'équivalent d'être tout nu sur une plage déserte, sans autre projet que celui d'être bien. Moi qui ai du mal à perdre du temps, je venais de gagner sur la prison du temps. J'ai compris un peu mieux que le bonheur n'est décidément pas le résultat du voyage, mais la façon que nous entreprenons de voyager. Et je me promets bien de répéter cette petite expérience plus souvent.

Si vous avez du mal à rester en observation, ne vous tracassez pas : à force de répéter, votre esprit va se conditionner d'une fois à l'autre à y entrer un peu plus. Vous pouvez aussi varier : ainsi, au lieu d'être simplement un observateur, imaginez que vous prenez votre enfant intérieur par la main et que vous lui montrez en silence ce qu'il y a autour... 

Parlant d'enfant, j'ai vu durant mon cinq minutes de silence des enfants manger des yeux un cheval qui promenait des touristes, puis courir sur le trottoir pour le suivre le plus longtemps possible. Une petite phrase de mon enfance a pris un nouvel accent à mes oreilles : « nul s'il ne devient pareil à l'un de ces enfants n'entrera au royaume des cieux ». Cette fois, je pense que j'ai compris : ce royaume est à portée de silence intérieur.

Voir aussi: NEUF

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v2004-11-29