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ENCOMBRÉ
Êtes-vous de ces personnes
qui accumulent les papiers partout sur leur bureau, dans leur sac, et les
objets de tous côtés dans leur maison ? Êtes-vous aussi de ces
personnes qui accumulent les préoccupations dans leur tête et ont du mal
à les laisser aller ?... « Quel rapport entre les deux ? » me
direz-vous ?
Essayez cette petite
expérience. Je vous promets que vous aurez envie de la répéter : prenez
cinq minutes -- pas dix, cinq. Vous allez n'être que là, à observer,
tantôt ce qui bouge autour, tantôt ce qui monte au dedans, sans y
réagir, juste à l'écouter, à le voir, à être en contact.
Je me rappelle la première
fois que j'ai fait l'expérience, c'était dans l'autobus. J'y ai pris
plaisir, au point que j'avais du mal à en sortir. Et l'impression est
restée tenace longtemps après. L'instant
d'après, j'ai été surpris de repenser à mon bureau encombré, et
d'avoir envie d'y retourner pour faire un grand ménage !
C'est là que j'ai compris
comment dans notre société cours-tout-le-temps s'arrêter pour juste
être là, en contact, est vécu comme gaspiller le temps. Être gratuit,
sans raison, peut-être est-ce retrouver notre liberté intérieure pour
faire du neuf, et laisser monter ce qui veut se dire du dedans. J'ai
compris aussi que l'ordre et le silence commencent à l'intérieur, tout
comme l'encombrement. Cesser de s'accrocher aux choses, aux écrits, aux
objets, cesser de penser que ce sont eux qui nous font être, qui font
notre sécurité. Même si on est en pleine ville, pour un court moment,
s'offrir l'équivalent
d'être tout nu sur une plage déserte, sans autre projet que celui
d'être bien. Moi qui ai du mal à perdre du temps,
je venais de gagner sur la prison du temps. J'ai compris un peu mieux que le bonheur n'est décidément pas le
résultat du voyage, mais la façon que nous entreprenons de voyager. Et je me promets bien de répéter
cette petite expérience plus souvent.
Si vous avez du mal à
rester en observation, ne vous tracassez pas : à force de répéter,
votre esprit va se conditionner d'une fois à l'autre à y entrer un peu
plus. Vous pouvez aussi varier : ainsi, au lieu d'être simplement un
observateur, imaginez que vous prenez votre enfant intérieur par la main
et que vous lui montrez en silence ce qu'il y a autour...
Parlant d'enfant, j'ai vu durant mon cinq minutes de
silence des enfants manger des
yeux un cheval qui promenait des touristes, puis courir sur le trottoir
pour le suivre le plus longtemps possible. Une petite phrase de mon enfance
a pris un nouvel accent à mes oreilles : « nul s'il ne devient pareil à
l'un de ces
enfants n'entrera au royaume des cieux ». Cette fois, je pense que
j'ai compris : ce royaume est à portée de silence intérieur.
Voir aussi: NEUF

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v2004-11-29
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