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ÉMOTIONS
Test
:
MAIS
JE LE FAIS DÉJÀ ! Ce petit test sans prétention est en même temps une sorte d'aide-mémoire
pour les temps difficiles où l'émotion monte toute seule.
HORACES ET CURIACES J'aime beaucoup me rappeler cette histoire, quand je suis au champ de bataille de
mes émotions :
Dans la Rome antique, un conflit opposait Rome à Albe. Les trois frères
Horaces eurent à combattre contre les trois frères Curiaces. Deux des Horaces
furent tués. Seul contre trois, le troisième Horace se crut perdu. Un éclair lui
traversa l'esprit : « Si je fais semblant de prendre la fuite, ils vont devoir me
courir après. Leur armure est lourde, chacun a des blessures différentes : ils
ne pourront pas courir à la même vitesse. Ainsi je pourrai leur faire face un à
un... »
Ce qu'il fit. Il les vainquit tous les trois.
Nous pouvons appliquer la sagesse tactique du 3e Horace de plusieurs façons
quand nous sommes en mal-être : comme il a découpé ses trois problèmes (les
Curiaces) pour faire face à un seul à la fois, nous gagnons par exemple à :
- Découper la liste de nos problèmes : refuser d'en considérer plus
qu'un à la fois, et voir comment celui-là nous pourrions faire quelque
chose qui améliorerait la situation déjà, même si ça ne le règle pas
pour l'éternité; ensuite nous passerons à un autre, ensuite seulement.
- Découper le temps : pour un moment refuser de nous laisser charrier
par des émotions issues du passé ou des inquiétudes face au futur, être
juste dans l'instant présent à savourer ce qui est là, à portée de
savourance : une neige qui tombe, la douceur de l'air, le regard enjoué d'un
enfant, etc.;
- Découper notre respiration : si nous nous rendons compte que nous
respirons à moitié, alors ralentir notre respiration pour goûter une
parcelle d'air à la fois, jusqu'à être bien dans l'ensemble de notre
respiration, jusqu'à ce qu'elle soit redevenue plus profonde... et que
l'anxiété ait diminué vraiment.

SILENCE DES ÉMOTIONS
« Quand je deviens épuisé à force d'entretenir un état émotif
qui fait mal, comment arrêter l'hémorragie émotive ?... »
Voici certaines conclusions auxquelles j'en suis arrivé. Je vous les
partage au Feuillet 5 de
L'ALLUMEUR
DE RÉVERBÈRES :
- La première : « stop ! les émotions ». J'ai le
droit de dire non. Chercher à mettre de l'ordre dans ces émotions, c'est
pour le moment peine perdue, ça ne m'apporte rien : je ne fais qu'emmêler
davantage les laines du tricot et je me fais mal plus encore. Il faut sortir du marécage d'abord.
On peut
comparer la situation à la conduite d'une auto à vitesses manuelles sur la
glace noire : ce qu'il faut, tout de suite, c'est de mettre mon véhicule
émotif au neutre, jusqu'à ce qu'il se stabilise de lui-même. Après
- après seulement - je
repartirai la machine, je prendrai le temps de contacter les émotions et je
me ferai même aider, s'il le faut. Ce n'est pas les fuir, c'est me donner
le droit de me remettre debout d'abord avant de faire face, mais en
possession de mes moyens.
- Tout de suite après, c'est de donner un coup de barre dans
mon état d'esprit : je re-choisis d'être heureux dans
l'instant, je me débranche de ce qui me fait mal. Personne d'autre que
moi ne peut prendre cette décision. C'est un peu comme si j'avais un
casse-tête à monter : je choisis de le transporter là où il fait clair,
plutôt que de m'évertuer à assembler les pièces à la noirceur.
- Ensuite, c'est de me mettre en ressenti corporel plus
conscient qu'à l'habitude, pendant que je porte attention à ce qui est
là, autour - surtout à la nature : dehors, un arbre... dans la
maison, une plante...
Rester ainsi en silence des émotions, jusqu'à ce que sans même m'en
apercevoir, j'aie bien repris contact avec le concret, l'extérieur, et que
je me sente plus de forces. Un nouveau désir sera peut-être monté et je
l'aurai suivi... Je me serai décrispé de ma douleur...
PLEURER
« Mais ne faut-il pas chercher à pleurer notre émotion d'abord ? »
Plus haut, j'ai insisté pour d'abord arrêter de se faire mal avec
l'émotion : trop souvent nous sautons vite à nous faire des reproches, et
à analyser la situation - alors que nous sommes épuisé.
Il est vrai que pour aller au bout d'un problème, ce sera important de bien
prendre contact avec l'émotion, puis de comprendre ce que nous vivons
là-dedans, surtout si ça revient fréquemment. Mais laissons en nous le
combattant se relever d'abord, avant de le ramener en bataille ! D'après
mon expérience, je suis prêt à prendre contact avec l'émotion quand j'ai
réuni deux conditions : j'ai refait des énergies, j'ai retrouvé un
contexte amoureux quelconque : une présence amie, une photo d'enfance où
j'étais beau pour quelqu'un, etc.
Attention, en effet, à ne pas s'isoler ! En me permettant de me rapprocher
de quelqu'un pour pleurer un bon coup, je permets à la vie d'opérer sa magie une fois encore :
c'est un cadeau que je me fais, et c'est aussi un cadeau que fais à la
personne qui m'accueille.
ÉMOTIVITÉ OU SENSIBILITÉ ?
Vous est-il arrivé de
vous rendre compte de la grande différence qu'il y a entre l'émotivité
et la sensibilité ?
Boris Cyrulnik
**, qui a beaucoup
exploré autour du concept de résilience (devenir plus fort que ce qui
nous a fait mal), met en évidence que si nous nous sommes sentis
profondément blessé à certains moments de notre vie, nous avons
facilement l'émotion à fleur de peau. Nous sommes comme le violoniste
qui ferait constamment vibrer ses cordes à leur maximum. Ouf, tout pour
sortir du concert épuisé − aussi bien lui-même que l'auditoire !
C'est pourtant ce que
nous faisons quand nous entretenons cet état élevé de vibration émotive
en nous, par exemple dans nos contacts intimes ou dans la recherche de
nous relier spirituellement : nous avons développé la croyance que de
vibrer avec moins d'intensité émotive, ce serait vivre à moitié. Si bien
que nous ne nous permettons pas de faire silence avec nos émotions.
Alors, nous passons rapidement, comme dans les montagnes russes, d'une
certaine euphorie à un état dépressif, et le premier regard bienveillant
croisé ou une lecture qui nous a fait du bien ont vite fait de nous
faire grimper à nouveau en émotion.
Il nous faut apprendre
à déjouer cette partie de ping-pong dont nous sommes la balle, retrouver
l'équilibre qui nous convient. Personnellement, le fait de réaliser la
différence entre l'émotivité et la sensibilité a été pour moi une clé
décisive sur ce chemin pour maîtriser mes émotions. Bien sûr, je ne
parle pas ici d'une forte émotion momentanée, qu'il est bon de
ressentir, de pleurer, puis de laisser aller. Je parle de l'émotivité,
cet état de fébrilité que nous entretenons sur plusieurs jours, qui
devient un marécage épuisant, où nous arrivons à ne plus nous
comprendre.
Voici ce que j'ai
compris de tout ça. Ce qui nous guérit au plus profond, c'est de nous
remettre en chemin de l'amour : recevoir l'amour, le donner, aimer la
vie simplement dans ce qui est là devant moi. Et le premier pas sur ce
chemin, c'est le contact. Je constate que le ressenti corporel, la
sensibilité à ce que je rencontre en moi et autour de moi me donnent ce
contact. La fébrilité émotive, au contraire, est une sorte
d'effervescence qui me sert à fuir le contact direct avec ce qui monte
en moi ou avec la personne en face de moi. Elle agit comme une plinthe
électrique qu'on pose au pied d'une fenêtre pour qu'à l'hiver elle fasse
écran au froid du dehors. Dans les moments d'hiver émotif, je suis porté
à entretenir un état de fébrilité émotive pour me protéger. Mais alors
je deviens irréel, déconnecté. Je vibre non pas à ce qui est là, à la
personne qui est là, mais à une sorte d'idéal de ce que je voudrais qui
soit là.
Quand je me retrouve
dans cet état, je gagne à me le dire tout de suite avec vérité. Et
alors, à retourner à l'école de l'enfant pour faire comme lui devant les
gens et les situations. Observez un tout-petit : il s'émeut de recevoir
un cadeau inattendu : pour un moment il est tout entier dans son émotion
de plaisir. Ou encore, si on l'a contrarié, il est tout entier dans sa
colère. Mais c'est pour un instant : il contacte l'émotion. L'instant
d'après, il est reparti jouer, tout neuf. Il habite son corps, il est en
état d'observation, redevenu disponible. Ses émotions sont relâchées.
C'est l'état de sensibilité (bien différent de l'état de sensiblerie).
Et si quelqu'un l'interpelle ou le met en tension, c'est à travers son
ressenti corporel qu'il va d'abord y réagir.
Oui, nous avons le
droit de ne pas toujours être en émotion, face à nous-même ou face à
l'entourage. Nous sommes participants à un concert splendide, celui de
notre vie, mais nous avons le droit de déposer notre violon de temps en
temps. Pour respirer un bon coup, regarder tout autour, et redevenir
neuf nous aussi, à nouveau disponible au contact de ce qui va
venir de l'intérieur ou du dehors.

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